YACHTS DE TRADITION

Epoque, Classique, Esprit de tradition

Mise à jour le 16/07/2019

Location de yachts classiques
Chantier Latitude

La liste est longue de tous ces bateaux ... nous faisons une sélection, fondée sur nos critères élancements et régate, que nous ne pourrons vous présenter que progressivement : pour l'instant nous consultons l'important fonds documentaire que constitue notre bibliothèque. Sans oublier les références à ne pas manquer : le Hors série n°1 de Yachting Classique, intitulé Les plus beaux bateaux du monde, le Top 200 de ClassicBoat de février 2005, le guide de Noëlle DUCK édité par Gallimard, les différents registres qui existent dans le monde entier, etc.

MOONBEAM III, plan William FIFE 1903, à Cannes, vu au mouillage à Sainte Marguerite en 2003.
Photographie © Patrick Archambeaud

Comment définir un yacht de tradition autrement qu'en disant “qu'un tel bateau se reconnaît au premier coup d'oeil” (Ken Coombs, président de l'Antigua Classic Yacht Regatta) ?

Différents règlements de Classes ou de Jauges apportent des réponses. En ce qui nous concerne nous adoptons les définitions de l'Association Française des Yachts de Tradition (AFYT) et le règlement du Comité International de la Méditerranée, dite jauge CIM. Notons qu'en France il existe des variantes à ces définitions, celle adoptée par le Yacht Club Classique, celle du Challenge Classique Manche Atlantique dont nous reparlerons.

Ainsi les yachts de tradition sont des bateaux à voiles, monocoques, dont la structure est étanche (pont, capot et roof), à l'exception des classes métriques traitées différemment.
Ils sont répartis en trois catégories :

  • les yachts d'époque sont en bois ou en métal, construits avant le 31/12/1949. Les répliques sont admises. On y trouve les auriques et les bermudiens eux-mêmes classés en plusieurs séries selon leur longueur. Par exemple AVEL gagne aux Royales 2004 dans la série époque aurique > 17 mètres et KARENITA l'emporte aux Voiles de Saint-Tropez 2004 dans la série époque marconi A.

 

  • les yachts classiques sont en bois ou en métal, construits avant le 31/12/1975. Les répliques sont admises. Les yachts construits en série (donc des monotypes, Swan 43, Concordia Yawls, Contessa 32, Dragon par exemple) ne sont pas admis dans cette catégorie. Pas de plastique ...

 

  • les yachts esprit de tradition ou "spirit", sont largement admis à participer à la plupart des régates organisées pour les yachts classiques. Cette catégorie regroupe les unités de construction récentes, par exemple le plan Pedrick Yacht Designs 1997 SAVANNAH ou d'autres plus anciennes en fonction d'éléments de leur restauration.

 

Jusqu'en 2004, cette troisième catégorie courait avec un certificat de jauge IRC mais le CIM aurait d'ores et déjà en projet la création d'un système d'évaluation permettant aux unités concernées de régater prochainement avec un handicap spécifique. Cette catégorie a une grande importance parce qu'elle est l'avenir de la construction classique : la solution qui allie la modernité des plans et des matériaux tout en conservant l'aspect classique. On y voit déjà de superbes réalisations, par exemple dans la gamme ALDEBARAN (21m/69 ft) présentée par le chantier JFA ! Ou encore le 54-footer de Spirit Yachts (le Spirit 54 de James Bond dans Casino Royale), ou encore NIEBLA le Fairlie de 59ft dessiné par Paul Spooner. Egalement FAÏAOAHE, cotre classique de 65ft, une superbe synthèse des éléments d'esthétique, de confort et de performances propres aux bateaux classiques : voir le site de Guy Ribadeau-Dumas. Et la liste s'allonge, par exemple avec le S&S ANNA, un 56 ft dessiné en hommage à STORMY WEATHER. Et le 65 ft AILEEN plan S&S ...

 

Galerie, quelques yachts esprit de tradition

Avant tout, un mot de la grande goélette à deux mâts : INVADER

Plan Albert Stanton Chesebrough 1905, construite au chantier Lawley & Sons à Boston (USA), restaurée en 2003 à Viareggio. Sa longueur hors tout est de 48,80 m (41,45 m de longueur au pont), sa flottaison est de 30 m, le bau maximum est de 8,20 m et son tirant d'eau est de 4,20 m. Elle déplace 187 tonnes.

Fiche d'information

Ici nous présentons quelques points d'histoire souvent surprenants.

Naufrage d'une idée fausse (mai 1886).
Certains pensent que l'amélioration de la vitesse passe par la construction de coques de plus en plus étroites. En 1886 au chantier FAY à Southampton, on lance le cotre OONA, un 5-tonner tellement étroit que sa stabilité de formes est pratiquement nulle. L'ensemble ne tient debout que grâce à sa quille profonde, dotée d'un lest incroyablement lourd (77% du déplacement). Non content d'être inconfortable - il navigue presque toujours avec une gîte conséquente - il subit des contraintes énormes : en effet pour mouvoir à bonne vitesse un coque aussi pesante, il faut beaucoup de toile ce qui augmente les efforts sur la structure déjà martyrisée par le support d'un tel lest. Les caractéristiques du bateau sont : LOD 46ft, LWL 34ft, Bau 5ft 6in, Tirant d'eau 8ft, Déplacement 12,5t, Lest 9,6t.
Lors du voyage inaugural en direction de l'Irlande et de la Clyde, OONA perd sa quille, noyant tout l'équipage y compris son architecte William Evans PATON.


Sources : Olivier LE CARRER, in Un Siècle de Voile, page 27 - Maurice GRIFFITHS, in Sixty years a yacht designer, page 22.

Après eux, le déluge !
Le deuxième propriétaire de la grande goélette WESTWARD (41,55 m sur plan Herreshoff 1910), le Sud-Africain Thomas Benjamin Davis a demandé par testament que son bateau soit sabordé après son décès, volonté qui fut exécutée par sa fille dans le Hurd Deep, au nord des Casquets à Alderney, Îles Anglo-Normandes le 15/07/1947 ; une réplique a été construite, ELEONORA.
Cette pratique n'a pas été exceptionnelle : en effet BRITANNIA, le yacht de régate royal, a été coulé au point le plus sud de l'Angleterre (Île de Wight, pointe Sainte Catherine) le 9/07/1936 après le décès de George V, par son skipper Sir Philip Hunloke qui aurait dit : "C'est horrible, c'est comme abattre son chien".

 
 

Les accidents sont nombreux

 
  • En 1894, SATANITA aborde VALKYRIE II en avant du mât, les 400 tonnes propulsées à 10 kt laissent une brèche sous la flottaison de VALKYRIE II qui coule par 25 mètres de fond.

  • En 1896, ISOLDE vire devant METEOR et lui casse le boute-hors. METEOR continue sur son erre et sa bôme débordée balaye le pont d'ISOLDE de l'étrave au couronnement. Tout l'équipage d'ISOLDE saute à l'eau sauf le propriétaire, le baron Von Zedwitz coincé par la bôme, qui décède en arrivant à l'hôpital.

  • En 1930, en course dans le Solent, LULWORTH percute le 12mJI LUCILLA qui coule, coupé en deux morceaux. Un mort.

  • En 1995 à Saint-Tropez lors de ce qui fut la dernière édition de la Nioulargue, la goélette MARIETTE accroche le 6mJI SILVRET (TAOS BRETT) qui coule. Un équipier, médecin niçois de 52 ans, happé par une hélice meurt noyé. La Cour d'appel d'Aix condamne l'organisation pour homicide involontaire, le propriétaire de la goélette et les skippers des deux bateaux sont eux aussi condamnés avant pourvoi en cassation.

  • En 2000 à Noirmoutier les 8mJI AILE VI et SUZETTE s'accrochent sur la ligne de départ. Le n° 1 de SUZETTE est blessé.

  • En 2003 à Cannes, MOONBEAM III en procédure de départ percute le 8mJI GAULOIS en course sur un parcours différent. Plusieurs blessés.

  • En 2006 à Noirmoutier, un équipier du Requin AGATHE, blessé grave, a pris en pleine poitrine l'étrave du 8mJI SUZETTE : le Requin évoluait dans la zone de départ des Métriques et Yachts classiques.

  • En 2007, en course dans la Baie de Narraganset lors de la première édition de la Tiedemann Classic, SUMURUN heurte la bôme du NYCC 30 ALERA lequel projette le NYCC 30 AMORITA sous l'étrave de SUMURUN. AMORITA est envoyé par le fond. Pas de blessé. Voir la surprenante photo © Billy Black.

  • En 2007 à Saint-Tropez, le bout-dehors de la goélette ALTAÏR embroche la grand-voile d'ATAIR qui en perd son mât. Pas de blessé. A Cannes, la même année la semaine précédente, lors d'un grain très violent ADRIA percute NAGAÏNA, pas de blessé.

  • En 2007, lors des régates du Centenaire de la Jauge Internationale à Cowes le 8mJI HISPANIA percute le 6mJI NADA qui perd son mât. Ils étaient sur deux parcours différents.

  • En 2008, à Noirmoutier, le 6mJI ELFE percute LADY TRIX, gravement endommagée.

  • En 2008 à Cannes, le 8mJI SAFIR refuse la priorité tribord et percute le NYYC 40 ROWDY, Wilfried Tolhurst le skipper du 8mJI meurt gravement touché à la tête lors de la chute du mât provoquée par le bout-dehors de ROWDY arrachant l'étai du 8mJI.

  • En 2008 à Saint-Tropez, le Sk 30 HARLEKIN et UNDINA, plan RHODES 1954, sont entrés en collision. Les deux bateaux ont été disqualifiés et il est intéressant de noter que UNDINA, bien que prioritaire tribord amures, a été sanctionné "pour insuffisance de manoeuvre d'évitement".

  • En 2009, le 24 avril, collision entre VELSHEDA et RANGER lors de la Antigua Classics Week : un malheureux tribord-bâbord suite à une panne de communication entre la plage avant et le barreur. Le mât de VELSHEDA bâbord amures accroche le mât de RANGER, puis les étraves se touchent. Pas de blessés.

  • En 2009, le 3 octobre au large de Cowes, par vent de force 6 le cotre-pilote JOLIE BRISE tribord amures est percuté par le ketch RONA II bâbord amures lors de la Small Ships Race.

  • En 2010, collision entre le yawl MARJATTA et le Sk 30 HARLEKIN lors des Voiles de Saint-Tropez : MARJATTA établit un engagement aventureux à l'intérieur du Sk30 qui le conduit à loffer et à heurter l'arrière du Sk30 qui démâte et pivote sous le choc. L'équipage de HARLEKIN est projeté à l'eau puis est repêché sans dommage. MARJATTA est disqualifié. Précisons que les deux bateaux ne régataient pas dans la même série ... on se demande vraiment quelle mouche a piqué le skipper du yawl ... !

Galerie, Marjata percute et coule Harlequin

  • En 2015 à Cannes, un accident spectaculaire se produit au bateau Comité (photographie © Linda Wright) entre le 15mJI MARISKA et la goélette ELENA qui demandait de l'eau, le 15mJI échappant de justesse au pire en se libérant de l'énorme bout dehors d'ELENA (photographie © Linda Wright). Les deux bateaux ont dû retourner au Vieux Port de Cannes pour y être soumis à un contrôle.

  • En 2019, le 12 juillet à La Trinité, double collision entre trois 8mJI au départ d'une manche du Challenge Métrique : SIRIS accroche le pataras d'HISPANIA puis monte sur le franc-bord d'ENCHANTEMENT. HISPANIA est parti bâbord, la flotte arrive tribord, tout le monde est lancé. SIRIS heurte HISPANIA en engageant son nez juste devant le pataras de HISPANIA. Du coup SIRIS emporté, foc toujours bordé à contre, hors de contrôle est parti en rotation sur tribord et s'est trouvé bâbord amure, heurtant ENCHANTEMENT qui arrivait tribord, c'est la quatrième photo la galerie ci-dessous © Pascale Menguy-Guittonneau.

 

Alors, que faire, que dire, que penser ? Naturellement le Jury joue son rôle et souvent la Justice également. Mais après coup évidemment et sans réel pouvoir dissuasif sur les skippers pour les régates suivantes parce que, bien entendu, ceux-ci ne font pas exprès de percuter leurs voisins, leurs concurrents, le Bateau du Comité ou les bateaux de presse ou spectateurs.Les organisateurs ont récemment pris de bonnes mesures en séparant les catégories de bateaux, en donnant des départs séparés dans le temps, en séparant au mieux les parcours, en créant des zones interdites aux spectateurs ou aux bateaux dont ce n'est pas encore le départ. Ces mesures ont leur limite.Ce sont finalement les skippers qui ont les cartes en main : ils doivent organiser à leur bord une veille permanente dans les cones morts de visibilité sous le vent et ils doivent respecter la règle Isaf n° 14 qui leur interdit de toucher un autre bateau, même dans leur bon droit.Dans le cas fréquent du croisement bâbord-tribord, ils doivent exercer leur jugement pour apprécier si "ça passe" ou si "ça ne passe pas" et avoir la sagesse de ne pas jouer avec le feu, c'est tellement bête de ruiner un bateau dans lequel on a beaucoup investi, c'est encore plus bête d'y laisser sa peau ou celle de quelqu'un d'autre !

Les Yachts et le Registre

 

Le plus vieux est MEHALAH, 3-tonner TM, plan John Howard 1888,
Le plus fameux et éphémère (169 jours) est RELIANCE, cotre de la Grande Classe, plan Nathanaël Greene Herreshoff 1903,
Le plus grand (après INVADER) est ORION avec 47m hors tout, goélette aurique, plan Charles E. Nicholson 1910,
Le plus petit est le Sunbeam DAINTY avec 8m20, sloop marconi, plan Alfred Westmacott 1923,
Le plus large est MARIETTE avec 7m25, goélette aurique, plan Nathanaël Greene Herreshoff 1915,
Le plus haut est LULWORTH avec un mât de 52m, cotre aurique, plan H. W. White 1919.

Alors, Embarque ... garçons ! (... titre de mon manuel du scout marin aux éditions La Hutte 1937).
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Galerie Esprit de Tradition

Niebla, Fairlie de 59ft dessiné par Paul Spooner