Jean-Luc Van Den Heede

Mis à jour : 4 nov 2019



Né le 8 juin 1945 à Amiens. Navigue dès 17 ans et devient moniteur au centre des Glénans. Jean-Luc Van Den Heede (VDH) s'installe à Lorient en 1971 où il mène en parallèle sa carrière de professeur de mathématiques et sa vie de marin : moniteur de croisières en haute mer, organisateur de week-ends ou de régates pour les entreprises.

Depuis 1989, en mer ou à terre, sa vie est entièrement consacrée à la voile. Fort de sa longue expérience de course en solitaire, le Global Challenge est l'ultime défi qu'il s'est lancé.

Le Requin, une passion

Jean-Luc VAN DEN HEEDE a aussi navigué sur Requin. Il a livré souvenirs et anecdotes à Stéphan JULIENNE. Propos reproduits avec l'aimable autorisation de l'Association Française des Propriétaires de Requin (AFPR)

AFPR - Vous et le Requin, c'est de l'histoire ancienne ? VDH - Il y a longtemps maintenant. La première fois que j'ai vu un Requin, ça devait être en 1960. J'avais 14 ans. C'était en bord de Seine, au Salon nautique de Paris peu de temps avant qu'il ne déménage au CNIT. J'ai tout de suite trouvé ce bateau très beau, c'était vraiment une question d'esthétique. Et puis, c'était vraiment le bateau de régate par excellence à l'époque. Il coûtait environ 11 000 francs.

A cette période d'ailleurs, je lisais le livre de Marcel Bardiaux "Aux 4 vents de l'aventure". Je m'imaginais que c'était le même type de bateau utilisé pour ses exploits, et je me voyais donc à la barre de mon Requin en traversant l'Atlantique ... Après, comme je faisais beaucoup de régates au Havre, j'ai eu l'occasion de revoir des Requin sur place. Il y avait une flotte assez importante à l'époque.

AFPR - Et c'est au Havre que vous avez navigué sur un Requin ? VDH - Oui. En fait, c'est le résultat de circonstances. Un américain, installé à Paris et qui donnait des cours de langue, s'est acheté un Requin. Il m'a proposé alors d'en être le skipper. C'était un Pouvreau verni. Pas très bien construit d'ailleurs. Il y avait un problème de jonction entre le pont et la coque sur un côté qui causait des fuites.

Son bateau avait un nom particulier. Il s'appelait SUN OVER BEACH (le n° 423). Ca l'amusait beaucoup car, avec la prononciation française, ça donnait bien sûr un tout autre sens …

Ca me rappelle d'ailleurs une anecdote : un jour, en rentrant vers le Havre, il n'y avait pas de vent et nous n'avancions pas. Bien sûr nous n'avions pas de moteur, un plus gros bateau nous a alors proposé de nous prendre en remorque. Comme nous naviguions avec le pavillon américain, ils se sont efforcés de nous parler anglais et croyaient que nous venions de terminer une traversée de l'Atlantique, avec notre Requin.


AFPR - Pendant combien de temps avez-vous été skipper de ce bateau ? VDH - Pendant 2 ans. Je faisais toutes les sorties avec le propriétaire. On a effectué notamment une croisière entre Le Havre et Saint Malo. Le bateau avançait très bien. Au près, ça marchait d'enfer ! Nous sommes arrivés sans problème.

Je me souviens particulièrement de notre étape à Cherbourg. Il y avait le fameux Raz Blanchard à passer. Et ce jour-là, il n'y avait pas de vent et beaucoup de courant. 10 nœuds ! On reculait. Ca n'a pas été facile. D'ailleurs, quand on est arrivé au port, il fallait s'annoncer. Il n'y avait pas de VHF à ce moment là à bord, et je peux vous dire que j'ai bien articulé le nom du bateau pour éviter que le type qui nous enregistrait pense que je le traitais de tous les noms.

AFPR - Et le confort à bord ? VDH - C'était confortable pour l'époque. C'est vrai qu'aujourd'hui, ça ne se fait plus tellement de dormir dans ce genre de bateau, mais j'appréciais son équipement. Il y avait deux couchettes avec un réchaud. C'était suffisant.

De temps en temps, lorsqu'il pleuvait il y avait des fuites sur un côté à cause de la mauvaise jonction entre la coque et le pont. Quand nous dormions à bord, celui qui était du mauvais côté était obligé de mettre un ciré sur son sac de couchage. Et puis voilà !...

Son palmarès dans les courses en solitaire, impressionnant !

De la Mini-Transat au Vendée Globe, en passant par le BOC Challenge, la Route du Rhum ou la Transat Jacques Vabre, peu de départs de grandes courses ont été donnés sans que sa longue silhouette ne soit au rendez-vous.




Deux fois la route, trois fois le temps, quatre fois la grogne

A l'envers, d'Est en Ouest

Lorsqu'ils devaient naviguer contre le vent, les pêcheurs d'autrefois avaient un dicton : Deux fois la route, trois fois le temps, quatre fois la grogne. Il pourrait s'appliquer au Global Challenge, qui impose une progression contre les dépressions qui tournent d'ouest en est dans le Grand Sud. Compte tenu de leur dérive et des bords à tirer, les bateaux parcourent près du double de la distance réelle. La vitesse du bateau au près est réduite de près de 50 % et le temps encore augmenté par la plus grande longueur de la route. Enfin, si le bateau grogne en affrontant les vagues venant en sens inverse, les nerfs du skipper sont aussi mis à rude épreuve par le vent apparent, composé du vent réel augmenté par celui de la vitesse du bateau.

Ces conditions expliquent la différence de plus de 58 jours entre le record de Michel Desjoyeaux dans le Vendée Globe (93 jours, 3 heures et 57 minutes) et celui de Philippe Monnet en juin 2000 (151 jours, 19 heures et 54 minutes).

Mike Golding avait amélioré le record du Global Challenge en 1993 (161 jours, 16 heures et 32 minutes). VDH s'y attaque avec son 60 pieds du BOC Challenge. Après une reprise en main dans la Route du Rhum 1998 (deuxième des monocoques), il part le 2 octobre 1999. A mi-chemin entre le cap Horn et la Nouvelle-Zélande, alors que l'avance sur le tableau de marche de Golding se chiffrait à 13 jours, un objet flottant provoque une voie d'eau dans l'étrave d'Algimouss. Le flanc bâbord se délamine. Le bateau embarque 4 tonnes d'eau, mais VDH parvient à colmater la brèche avec une voile et à gagner Valparaiso (Chili).

Disposant d'un budget légèrement supérieur à un million d'euros sur trois ans, VDH opte pour un monocoque de 25 mètres en aluminium. Il repart de Brest le 9 octobre 2001. Une centaine de milles après avoir doublé le cap Horn pour la sixième fois, avec quatre jours d'avance sur le temps du record, le skipper d'Adrien constate une voie d'eau par le puits de quille. Il parvient à regagner Les Sables-d'Olonne en évitant de naviguer au près.

Après deux contretemps, la troisième fois sera la bonne : le mardi 9 mars 2004, en passant la ligne d'arrivée située entre le Cap Lizard et Ouessant, Jean Luc Van Den Heede a porté le record du Global Challenge à 122 jours, 14 heures, 3 minutes et 49 secondes.

A l'occasion du salon nautique international de Paris 2015, le navigateur, jeune septuagénaire, a présenté son nouveau projet :


Renaissance du Golden Globe Challenge sous le nom de Golden Globe Race, 50 ans après la seule et unique édition de cette épreuve en 1968. Photographie © Corinne Boulloud

Participer en 2018 à la renaissance du Golden Globe Challenge sous le nom de la Golden Globe Race, 50 ans après la seule et unique édition de cette épreuve, en 1968.

Cette course autour du monde en solitaire et sans escale, ancêtre de l'actuel Vendée Globe, avait inspiré le film Les 40e rugissants avec Jacques Perrin et Michel Serrault. Le film racontait l'histoire tragique de Donald Crowhurst, passionné de voile qui avait menti sur ses positions avant de se suicider en mer. Sur les neuf participants à ce drôle de défi, seul un navigateur avait terminé l'épreuve et remporté ainsi les 5.000 livres sterling promises à l'époque au vainqueur : le Britannique Robin Knox-Johnston. Il avait alors bouclé ce tour du monde sans aide ni escale en 313 jours de mer.

Neuf mois d'aventure à vivre dans les mêmes conditions qu'en 1968, en particulier au niveau des instruments de navigation. Départ de Falmouth le 14 juin 2018.

Arrivé en janvier 2019, Jean-Luc VDH remporte cette GGR 2018 en 212 jours sur son Rustler 36 MATMUT acheté en 2015.

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