Eric Tabarly

Mis à jour : 4 nov. 2019



Eric Tabarly est né le 24 juillet 1931 à Nantes. Il découvre la voile à l'âge de 3 ans à bord d'ANNIE, le bateau familial. En 1938, Guy Tabarly, son père, achète le célèbre Pen Duick, un cotre en bois de 15 mètres, qui donnera leur nom aux bateaux les plus prestigieux de la carrière d'Eric. L'année suivante, Guy Tabarly est mobilisé ; Pen Duick est alors désarmé et laissé à l'abandon.



En 1958, après une première tentative infructueuse, il est reçu au concours d'entrée de l'Ecole Navale, d'où il sortira 4 années plus tard officier de Marine... et dernier de sa promotion !

En 1963, il décide de courir la deuxième édition de l'OSTAR, la Transat Plymouth - Newport, et fait construire pour cette occasion un ketch de 13,60 m qu'il nommera Pen Duick II. Beaucoup d'observateurs s'étonnent de la longueur de son bateau et se déclarent pessimistes quant à ses chances de réussir à le manoeuvrer en solitaire sur une si longue distance. On connaît la suite : Eric Tabarly remporte la course après 27 jours de traversée, pulvérisant au passage le record établi par Sir Francis Chichester lors de la Transat précédente, en 1960 : celui-ci avait gagné la course en 40 jours et 12 heures...

La victoire de Tabarly fait l'effet d'une bombe dans le monde entier: qu'un Français batte les Anglais dans un domaine qui semblait être leur spécialité exclusive, et à l'occasion d'une course anglaise, voilà qui bouleversait tous les clichés... et tous les pronostics ! Une pluie d'honneurs s'abat alors sur les larges épaules du timide Tabarly, qui n'en demandait sans doute pas tant : le voilà citoyen d'honneur de la ville de Newport, et décoré de la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur pour fait exceptionnel.


Un an après cette victoire, il est détaché au Ministère des Sports. Sa fonction, en tant qu'officier de marine, va revêtir alors une forme bien différente, et nettement plus conforme à ses aspirations : désormais, son rôle consistera à représenter la France dans les grandes courses internationales. C'est ainsi que toute une génération de conscrits, parmi lesquels figurent Olivier de Kersauson, Philippe Poupon, Marc Pajot, Titouan Lamazou, etc., feront leur service militaire en tant qu'équipiers des Pen Duick ! Il participe à quelques autres courses sur Pen Duick II et obtiendra des résultats mitigés, malgré quelques changements destinés à adapter le bateau à la navigation en équipage. Il décide alors de construire un nouveau voilier, une goélette de 17,45 m: Pen Duick III, avec lequel il remportera un nombre impressionnant de victoires, si bien qu'il se classera premier du championnat anglais RORC - en gagnant notamment le célèbre Fastnet. Il n'hésitera pas à convoyer très loin son bateau pour une seule course, et remportera ainsi la classique Sydney-Hobart. Comme pour Pen Duick II, Tabarly modifie le gréement de Pen Duick III au fil des courses, l'adaptant aux spécificités de chacune d'entre elles ; la plupart de ses innovations se révèleront payantes. Beaucoup d'entre elles lui sont inspirées par son excellente connaissance de l'Histoire maritime, qui lui permet d'exploiter des idées ébauchées par ses prédécesseurs et d'en tester de nouvelles qui, à leur tour, seront largement utilisées par la suite - aussi bien en course que pour la plaisance. Dans cette optique, il essaye en 1966 le trimaran Toria, et en conclut que les multicoques doivent surpasser en vitesse les monocoques. Il lance alors la construction de Pen Duick IV, un trimaran dont il fixe la longueur à 20 mètres ! Il l'engage dans l'édition 68 de la Transat qui a fait sa gloire quatre ans plus tôt, mais les grèves qui paralysent le pays retardent de beaucoup les travaux, et le bateau est insuffisament préparé. De plus, une collision avec un cargo, peu après le départ, le contraint à l'abandon. Cette déception sera compensée par le palmarès de Pen Duick IV qui apportera d'autres satisfactions à son propriétaire - il battra notamment le record de la traversée Los Angeles - Honolulu. Le trimaran finira par gagner la Transat, en 1972, mais aux mains de son nouveau propriétaire et skipper Alain Colas. Six ans plus tard, l'homme et le bateau - rebaptisé Manureva - disparaîtront au cours de la première édition de la Route du Rhum. En 1969, Tabarly décide de participer à la Transpacifique en solitaire, qui relie San Francisco à Tokyo. Pour cette course, il met en chantier Pen Duick V, un monocoque de 35 pieds - longueur maximale autorisée pour cette course - auquel il applique une invention de son cru : les balasts. Il s'agit de réservoirs disposés sur tribord et babord, d'une contenance de 500 litres chacun, qui peuvent être remplis et vidés d'eau de mer au moyen d'une pompe manuelle. Aux allures de près, il suffira de remplir les ballasts au vent pour ajouter 500 kg qui remplaceront un équipage au rappel. Gràce à cette technique, le poids du lest pourra être réduit, ce qui diminuera considérablement le déplacement total du bateau. Cette légèreté favorisera la vitesse du monocoque au portant, quand les ballasts seront vides. Cette innovation sera payante: Tabarly remporte la course avec... 11 jours d'avance sur le second, Jean-Yves Terlain, et avec une telle avance sur les prévisions les plus optimistes que son arrivée se déroulera dans la discrétion la plus totale... Plus tard, les organisateurs de la course lui avoueront qu'ils n'attendaient aucun concurrent avant au moins une semaine !

Au cours des années suivantes, Eric Tabarly continue à remporter régulièrement des victoires aux quatre coins du monde, avec le vieux Pen Duick III qu'il métamorphose de course en course. Parallèlement, Tabarly met en chantier Pen Duick VI, un ketch de 22,25 m conçu pour courir la Whitbread - Course autour du monde en équipage et avec étapes - dont la première édition aura lieu en 1973. Le maxi souffrira de défauts de jeunesse, ainsi que d'une incroyable malchance : il démâtera deux fois, d'abord au cours de la première étape, puis pendant la troisième ; ce dernier incident contraindra Tabarly à abandonner l'épreuve. Quelques observateurs ironisent sur les capacités de ce maxi dont on disait tant de bien lors de sa mise à l'eau...

Cet échec sera largement effacé quelques années plus tard: c'est avec le même Pen Duick VI que Tabarly remportera la victoire la plus éclatante de sa carrière, au point que lui-même avouera en être particulièrment fier. Il décide en effet de participer à la Transat de 1976, sur ce maxi prévu pour être manoeuvré par un équipage de 14 hommes. Cette décision, un peu folle a priori, se révèlera payante : alors que tout le monde donne pour favori Alain Colas sur son Club Méditerrannée de 72 m de long, Tabarly remporte la course, malgré des conditions météorologiques désastreuses (3 grains de force 10 !) et une série d'avaries impressionnante - dont la perte de son pilote automatique.


Le retour en France est encore plus triomphal qu'en 1964... et encore plus éprouvant pour Tabarly le discret, qui se voit obligé de descendre les Champs-Elysées, assis à l'arrière d'une décapotable, devant des millions de spectateurs déchaînés qui hurlent leur enthousiasme. Eric avouera au micro d'Europe 1 que cette traversée fut pour lui beaucoup plus difficile que la Transat elle-même !

Cette victoire sera sa dernière, du moins en tant que skipper. Après le sixième Pen Duick, une certaine malchance s'abattra sur les bateaux suivants : ceux de l'ère des sponsors. Pour l'OSTAR 1976, Tabarly avait prévu de mettre en chantier un trimaran à foils - sortes d'ailerons placés sous les flotteurs qui doivent permettre au voilier de décoller à partir d'une certaine vitesse, l'ensemble ne reposant alors que sur les foils. Une maquette de 6 m 90 donne des résultats encourageants: Tabarly réussit effectivement à voler au-dessus de l'eau. Mais la construction de son équivalent en taille maxi - 17 m - pose de nombreux problèmes, sur les plans technique et financier. Le trimaran n'étant pas prêt pour la Transat, Tabarly avait dû se rabattre sur Pen Duick VI, avec le succès que l'on sait. Par la suite, pour des raisons essentiellement financières, il se verra contraint de renoncer à certaines subtilités techniques; le fonctionnement du bateau s'en ressentira. En 1979, il trouve enfin un sponsor: le trimaran s'appellera Paul Ricard. En guise de test sur le terrain, il s'engage dans la Transat en double avec Marc Pajot. Le trajet de cette course part de Lorient, contourne les Bermudes et revient à son point de départ. Pajot et Tabarly mèneront cette double Transat presque de bout en bout... avant de se faire dépasser à 5 minutes 42 secondes de l'arrivée par le trimaran VSD, aux mains de Riguidel et Gahinet ! Un an plus tard, Tabarly doit renoncer à courir la Transat 1980 sur Paul Ricard: il s'est cassé une épaule... au ski ! Il confie le bateau à Marc Pajot, qui finit la course quatrième. Tabarly se rend alors à Newport en avion, afin de récupérer le bateau et le ramener en France. Au dernier moment, il décide de tenter de battre le record de l'Atlantique entre New York et le Cap Lizard, détenu depuis 1905 par Charlie Barr sur la goélette Atlantic. Il réussira son pari, pulvérisant le record en 10 jours au lieu de 12. Cette nouvelle victoire réhabilitera Paul Ricard que beaucoup jugeaient plus ou moins raté. Quant aux honneurs dus au skipper... les journalistes, débordés, ne savent plus où donner du superlatif !

Mais Tabarly est frustré d'une victoire qui lui a déjà échappé à plusieurs reprises avec Pen Duick VI: la Whitbread. Il prend le départ de l'édition 1985 sur un superbe maxi rouge, sponsorisé par un chocolatier belge: Côte d'Or. Le résultat en sera décevant: il finira 4ème en temps réel. Le bateau suivant, Côte d'Or II, amènera aussi son lot de désillusions... et de frayeurs: lors de la Route du Rhum 1986, Tabarly est victime d'une grave avarie qui l'oblige, pour la première fois de sa carrière, à lancer un appel de détresse et à demander assistance. Il sera récupéré par le bateau le plus proche de lui au moment de l'incident: un certain... Pen Duick VI, skippé par Arnand Dhalenne, un de ses anciens équipiers, qui suit la course dans le cadre de son club de croisière avec un équipage constitué uniquement de stagiaires - certains de ceux-ci n'en sont toujours pas revenus...

L'année suivante, Eric Tabarly s'engage avec son frère Patrick (ci-contre à gauche, photographie Christian Février chez Bluegreen) dans la course en double La Baule - Dakar. Le résultat sera encore pire: le trimaran va sancir - c'est-à-dire chavirer cul par dessus tête - et les deux frères devront à nouveau être récupérés, cette fois-ci juchés sur la coque retournée de leur bateau ! Ces mésaventures ne découragent pas le skipper - célèbre entre autres pour son entêtement ! En 1989, il prend le départ de la Transat en double Lorient - St Barth - Lorient sur Bottin Entreprise, avec Jean Le Cam. Ils arrivent deuxièmes à St Barth, puis mènent la course au retour... avant de sancir à nouveau ! Pour Tabarly, ce chavirage se passera encore moins bien que le précédent: il se cassera une clavicule en dégringolant du pont du bateau, alors que celui-ci est à la verticale. Après cette nouvelle mésaventure, Eric finit quand même par se déclarer écoeuré des multicoques modernes, et jure qu'on ne le reverra plus sur un de ces engins, qu'il juge trop dangereux... Il tiendra parole en ce qui concerne les multicoques, mais on le reverra au commandement d'un monocoque : en 1994, il embarque sur La Poste, engagé dans la Whitbread, où il remplace Daniel Mallé dont l'équipage s'est quasiment mutiné ! L'autorité naturelle de Tabarly, tout en bonhommie et avare en directives, calmera instantanément les esprits.

Sa dernière course a lieu en 1997: il embarque avec Yves Parlier sur le 60 pieds Aquitaine Innovations... en tant qu'équipier ! Il explique ce choix avec son humilité habituelle dans son autobiographie Mémoires du large : Même si, physiquement, je n'ai plus la forme d'il y a quelques années, je crois pouvoir toujours manoeuvrer correctement. En tout cas, je ferai mon maximum pour ne pas décevoir. Effectivement, son public ne sera pas déçu: les deux acolytes remportent la course ! Aux journalistes qui, enthousiastes, l'interrogent sur son avenir sportif, Eric répond timidement: Vous savez, c'est peut-être ma dernière course... Sûrement, même...

Malheureusement, l'avenir lui donnera raison : dans la nuit du 12 au 13 juin 1998, il tombe à l'eau au cours d'une manoeuvre sur son vieux Pen Duick, alors qu'il le convoyait en Ecosse pour participer à la Fife Regatta. On retrouvera son corps cinq semaines plus tard.


ADHÉREZ A L'ASSOCIATION ERIC TABARLY 18 avenue Dutartre 78150 LE CHESNAY email @ Tel : 01 39 50 12 33 Fax : 01 39 51 53 94

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